HISTOIRE D’UN SOIR

HISTOIRE D’UN SOIR 1

La première fois que j’ai découvert le sens de ma queue, j’étais apeuré(e). Rassurez-vous, il n’y a rien de graveleux dans tout ça, je me trouvais juste réincarné dans la peau d’un chien. Et une vache qui tâchait de chercher ses taches, me demande : « As-tu vu, Mau, le chat et Struthio, la girafe ? Ils sont sortis depuis une heure du LAB, enfin, du laboratoire, et ne sont toujours pas rentrés. Je commence à m’inquiéter ». Je lui répond : « Ne t’inquiète pas, ils sont sûrement parti à Kipi colline, le nouveau parc d’attraction, un vrai paradis pour les hamsters d’ailleurs, The Hamster Heaven. Sur ce, je me réveille en sursaut, il s’agissait évidemment d’un cauchemar ! Je me lève, (et je me bouscule), je prends un café et je me prépare pour sortir. Je vais m’habiller et j’enfile le maillot de Cristiano, mon colloc, oui, car ce jour-là, je n’avais plus rien à me mettre. Bref je sors et me voilà parti. Dans la rue, je rencontre mon pote, Marcel Comix, que je surnomme Candy Boy car il mange tout le temps des bonbons (et candy en anglais ça veut dire bonbon). Donc, Marcel m’interpelle et me raconte qu’il est tombé amoureux d’une fille, mais qu’il ne lui a encore rien dit car il n’ose pas lui parler et il ne sait pas comment s’y prendre. Elle l’impressionne. Pour une fois, lui qui a toujours su y faire avec les filles, il a toujours eu du bagout. Alors je le charrie, je le mets en boîte « Et bah alors Marcel, c’est le syndrome du timide ! Tu ne m’avais pas habitué à ça ! ». Et il me demande d’aller chez elle pour l’inviter à diner de sa part. Je lui réponds que faute de temps, je ne peux pas l’aider, j’ai un rendez-vous à La Dérade, un bistrot du 17e, pour signer un contrat de film en odorama, dont le nom de code est A.B.E. Il insiste, disant que c’est super important, que c’est la femme de sa vie, il en est sûr, et que je suis son seul espoir. Bref, il tourne en boucle (bucle en espagnol). Tout conte fait et comme d’habitude (As Usual), je cède et me voilà parti à jouer l’entremetteur auprès de Lola.

Marcel m’ayant donné l’adresse, j’arrive au n° 17 de la rue du Kapitän Hu. Je sonne, une vieille dame m’ouvre, l’air pas très aimable et patibulaire. Elle me lance : « C’est vous l’accordeur ? » Je la regarde d’un air surpris et réagit tout en humour : « Oui, c’est moi l’accordeur de cœur, ahah ! » Bon, visiblement, elle n’apprécie pas et elle poursuit : « Vous arrivez au poil, on allait commencer la réunion et faire le checkpoint pour l’opération. » Alors je suis un peu étonné et je lui rétorque : « Ah oui, oui, oui, vous voulez plutôt dire le check-up ? On dit faire un check-up, mais je ne suis pas médecin, l’opération ça sera sans moi. » « Oui, bon, check-up, ketchup, c’est du pareille au même. Non mais dites donc, petit insolent, un peu de respect, je pourrais être votre grand-mère ! » Elle me fait entrer dans un salon miteux et je lui demande alors si sa petite fille est là et si je peux lui parler. Elle se retourne et me dévisage : « J’ai pas de petite-fille, et je n’aime pas les p’tits rigolos. » Je lui souris bêtement pour ne pas la contrarier, en pensant à Marcel et dans quel plan il m’a fourré. Elle s’affaire autour de la table en me disant que son mari, Mendelssohn, est sur le toit. J’écarquille les yeux et lui demande: « Mais qu’est-ce votre mari fout sur le toit ? » Elle me répond qu’il règle les derniers préparatifs pour l’attaque du Crédit familial. « Quoi !! » m’écris-je. J’ai dû mal entendre. Elle me fusille du regard, visiblement, elle ne rigole pas et a l’air plutôt menaçant à ce moment : « Y a un problème ? ». Je lui souris pour donner le change, je crois décidément que je suis tombé dans un traquenard, un guet-apens. Marcel a dû se planter dans l’adresse, c’est pas possible ! Bref, je joue le mec qui assure, je la joue la détente parfaite, tout en cherchant un moyen de me tirer d’ici, je réfléchis à toute vitesse et elle me dit : « Le recrutemant du 3e homme s’est mal passé, du coup c’est mon mari qui s’en occupe, ne bougez pas, je vais le chercher… » Elle s’éclipse et disparaît dans un couloir en appelant son mari. Ils débutent une conversation de boudoir, une Conversation Piece, devrais-je dire en anglais. Et là, ni une, ni deux, je prends mes jambes à mon cou et je m’enfuis. Je cours le plus vite possible, pensant qu’ils seront à mes trousses en moins de deux. Je jette un coup d’œil rapide en arrière. It is Miracul’House, c’est un miracle, personne ne me suit et je suis libre de cette maison de fous.

De retour chez moi, je m’effondre sur le canapé, épuisé par cette aventure. Je réfléchis à tout ce qui vient de se passer. J’allume la chaine hifi pour me détendre et tombe sur une radio qui diffuse la chanson Swing of Change du groupe Shéhérazade et le Délice casher, les héritiers du groupe Muse à mon avis. Je finis par m’endormir et à sombrer. Brusquement, une sonnerie me sort de mon sommeil, de ma torpeur, c’est le téléphone. Je réponds, un grésillement à l’autre bout de la ligne, puis une voix nasillarde me parle : « Rendez-vous au Wallflower Tango avec le ballon et vous demandez La Vuelta, et pas un mot à la police.» On me raccroche au nez. Je suis éberlué, je ne comprends rien. C’est sûrement encore un mauvais plan de Marcel. J’allume la télé pour me changer les idées et je tombe sur les infos qui annoncent que l’attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace a fait 40 morts et que des brûleurs ont essayés de l’anéantir, sans succès. Je me dis : « Le monde est à l’envers !! » et je m’écris : « Orange, ô désespoir, ne vois-tu pas que c’est encore un délire ! » et je comprends que je suis encore enfermé dans un rêve, une hallucination. Enfermé dans ma prison psychique, In my prison, et qu’il faut que j’en sorte absolument. Je suis vraiment dans une salle période de ma vie, je vis vraiment un octobre noir et ça, je veux que personne ne sache. Et en même temps et en y réfléchissant, je me dis que cette histoire, qui n’a rien à voir avec une petite histoire des starlettes et de la Croisette que m’a raconté mon pote Sigmund, cette petite histoire donc, pouvait carrément donner lieu à un film que je réaliserais et que vous pourriez sûrement découvrir prochainement sur vos écrans, au festival L’ombre d’un court.

{Texte écrit par Franck Villette avec les noms de tous les films programmés lors de l’édition 2012 du festival international du film court « L’ombre d’un court » de Jouy-en-Josas}

 


 

HISTOIRE D’UN SOIR 3 – EN AVANT LA MUSIQUE !

Vendredi soir, nous avons commencé en fanfare et tambour battant ce nouvel opus du festival avec une partition à l’unisson entre musique et films en guise de prélude. Cela a continué crescendo en mesure et en mouvement cet après-midi avec cette rencontre de cinéma et cette chorale de jurés puis la suite des festivités. Le point d’orgue de la soirée, c’est le palmarès, que vous réclamez désormais à cor et à cri. Alors le jury a t-il vécu en harmonie cette cohabitation ? Les jurés ont-ils accordé leurs violons, ont-ils trouvé l’accord parfait sur ce palmarès ? En somme, ce sont-ils mis au diapason ? Nous le saurons dans un instant. Ils reviendront tous en scène. J’espère que l’on a fait vibrer votre corde sensible avec toute la gamme de films proposé dans des registres différents, que la musique a adoucit vos mœurs et que vous avez apprécié la ballade. Un festival réglé comme du papier à musique diront certains. D’autres penseront que les choses ont été menées sans tambour ni trompette, en toute sobriété, tout en nuance et surtout en cadence, sans temps mort, sans bémol, j’espère. Nous vous avons proposé un spectacle, une sorte de ballet, une fête, non pas une mélodie en sous-sol, mais bien une symphonie fantastique bien visible, une homophonie en couleurs, en somme ce fut : Tout pour la musique ! Un Leitmotiv qui a perduré tout le week-end. J’espère surtout ne pas avoir trop ralenti le rythme et le tempo avec mes refrains. Je fus en quelque sorte votre chef d’orchestre espérant vous avoir donner le La, une sorte de métronome humain. Pour moi, ce fut La Mélodie du bonheur, un Hymne à la joie. Mais rassurez-vous, je ne suis pas Le Chanteur de Jazz, je ne vous ferai pas une gigue, un gospel, un cantique, une musette ou un opéra ni a cappella, ni à Jouy-en-Josas. (eh oui, je n’ai pas pu m’en empêcher). Je vais maintenant changer de disque et mettre une sourdine à mes ritournelles et à toutes ces expressions qui ont caractérisées le panorama de cette année au festival avec cette conclusion musicale. Je vais désormais faire une fugue dans la coulisse, une marche en silence, en soupir. Mais je tenais à remercier encore l’école de musique de Jouy-en-Josas et sa directrice Catherine Moulonguet, ainsi que tous les élèves et les professeurs (Fabien Saussaye, Christophe Alary) qui ont dirigés les orchestres des trois jours. Et saluons aussi Pierre Campaignolle pour le ciné-concert.

{Texte écrit par Franck Villette avec des termes en rapport avec le vocabulaire musical, publié le 08/02/14 – « L’ombre d’un court Festival – Cérémonie de clôture »}

 

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